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La Productique et sa Culture : Ode à la misère, Victor Hugo


Ode à la misère

"Quel âge as-tu ? - Seize ans. - De quel pays es-tu ?
- D’Aubin. - N’est-ce pas là, dis-moi, qu’on s’est battu ?
- On ne s’est pas battu, l’on a tué. - La mine
Prospérait. - Quel était son produit ? - La famine.
- Oui, je sais, le mineur vit sous terre, et n’a rien.
Avec la nuit de plus, il est galérien.
Mais toi, faisais-tu donc ce travail, jeune fille ? -
- Avec tout mon village et toute ma famille,
Oui. Pour chaque hottée on me donnait un sou.
Mon grand-père était mort, tué du feu grisou.
Mon petit frère était boiteux d’un coup de pierre.
Nous étions tous mineurs, -lui, mon père, ma mère,
Moi. L’ouvrage était dur, le chef n’était pas bon.
Comme on manquait de pain, on mâchait du charbon.
Aussi, vous le voyez, monsieur, je suis très maigre ;
Ce qui me fait du tort - Le mineur, c’est le nègre.
Hélas, oui ! - Dans la mine on descend, on descend.
On travaille à genoux dans le puits. C’est glissant.
Il pleut, quoiqu’on n’ait pas de ciel. On est sous l’arche
D’un caveau bas, et tant qu’on peut marcher, on marche ;
Après on rampe ; on est dans une eau noire ; il faut
Étayer le plafond, s’il a quelque défaut ;
La mort fait un grand bruit quand tout à coup elle entre ;
C’est comme le tonnerre. On se couche à plat ventre.
Ceux qui ne sont pas morts se relèvent. Pas d’air.
Chaque sape est un trou dont un homme est le ver.
Quand la veine est en long, c’est bien ;quand elle est droite,
Alors la tâche est rude et la sape est étroite :
On sue, on gèle, on tousse ; on a chaud, on a froid.
On n’est pas sûr si c’est vivant tout ce qu’on voit.
Sitôt qu’on est sous terre on devient des fantômes.
- Les pauvres paysans qui vivent sous les chaumes
Respirent du moins l’air des cieux. - On étouffait.
- Pourquoi ne pas vous plaindre aussi ? - Nous l’avons fait.
Nous avons demandé, ne croyant pas déplaire,
Un peu moins de travail, un peu plus de salaire.
- Et l’on vous a donné, quoi ? - Des coups de fusil.
- Je m’en souviens, le maître a froncé le sourcil.
- Mon père est mort frappé d’une balle. - Et ta mère ?
- Folle. - Et tu n’as plus rien ? - Si. J’ai mon petit frère.
Il est infirme, il faut qu’il vive de façon
Que j’ai mendié, mais on m’a mise en prison.
Je ne sais pas les lois, mais on me les applique.
- Que fais-tu donc alors ? - Je suis fille publique."


La grève d’Aubin (6 octobre 1869) qui inspira l’Ode à la misère de Victor Hugo

Des enfants travaillent sur les chantiers du canton, essentiellement au chargement des hauts-fourneaux, au triage et lavage du charbon, à raison de 12 heures par jour, dimanche compris. Des femmes travaillent aussi dans des conditions difficiles.
Le mercredi 6 octobre 1869, l’équipe de jour de la mine du Crol cesse le travail en fin d’après-midi et parcourt les terrils pour engager les brigades de nuit à ne pas descendre. A l’aube, ils font le tour des mines avec ceux du Montet. Femmes et enfants en tête, le cortège débouche sur la forge principale et le bâtiment administratif. L’armée tire : 14 morts, 22 blessés dont 3 décèderont le lendemain.
Le travail reprend. 27 ouvriers sont alors arrêtés et jugés pour :
- atteinte à l’aide de violence, menace et manoeuvres frauduleuses à la liberté du travail et de l’industrie.
- violation de domicile, outrages et voies de fait envers des citoyens
- provocation, rebellion, outrages et voies de fait contre des soldats agissant pour l’exécution des lois et des ordres de l’autorité.

Voir : 1869, la fusillade du Brûlé







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